Ceci est mon corps

Il y a deux ans, j’écrivais un article sur ma difficulté à assumer l’été un corps que je tolère très bien le reste de l’année. Cet article est toujours d’actualité mais je suis tout de même moins addict à la pince à épiler, moins focalisée sur mon absence de bronzage, moins complexée. Dans l’ensemble j’ai donc progressé. En plus, le maillot une pièce est revenu à la mode ce qui aide grandement.

Cette année, j’observe une forte tendance à la revendication des poils, bourrelets et autres vergetures, notamment via Instagram et la tendance body positivity. Cette tendance n’est pas nouvelle et je débarque sans doute un peu mais en tout cas, cette année, ça me saute au visage et aux oreilles.

Capture d’écran 2019-07-08 à 15.41.43Pendant ce temps, les magazines féminins ne comprennent toujours rien et continuent à nous bassiner avec leurs histoires de summer body, de régimes et de crèmes auto bronzantes. En c’est parti pour un nouvel été à destination de l’auto-détestation.

Il y a donc deux tendances opposées : celle qui véhicule la haine de tout corps qui s’écarte un tant soit peu de l’idéal forgé par le grand manitou de la consommation de produits solaires et amincissants VS celle qui prône l’amour radical et inconditionnel de soi.

De mon côté, si je ne parviens (évidemment) pas à m’identifier aux mannequins retouché.es des magazines, si je suis consternée par l’aspect répétitif de ce marronnier qu’est l’injonction à apparaître mince, glabre et bronzé.e sur la plage, je ne parviens pas non plus à me reconnaître dans la tendance body positivity. Soyez fières ! Soyez belles ! Tous les corps sont beaux !

En fait, désolée, mais je fais un peu une overdose de cet étalage de seins et de fesses, de ventres, de cuisses ou de vulves, de poils, de règles et de vergetures. Je suis fatiguée de cette injonction à aimer mon corps et celui des autres.

Je comprends l’idée qui consiste à montrer la diversité des corps là où notre culture ne montre que des beautés standardisées. J’ai néanmoins le sentiment qu’en continuant à balancer à la face du monde nos corps dénudés, nous continuons à nous offrir au jugement — positif ou négatif — de la société sur notre enveloppe corporelle. D’autant que les représentations restent la plupart du temps très esthétisantes. L’artiste espagnole Sara Shakeel a même démocratisé les vergetures dorées sous Photoshop. Moi, quand j’ai mes règles, je ne mets pas une culotte blanche, mes vergetures ne sont pas glitter et je fais rarement des photos studio en sortant de chez le coiffeur. Bref, toutes ces photos, toutes body positive qu’elles soient, ne montrent pas la réalité. Car la réalité, ben… c’est ennuyeux.

Entre body shaming et body positivity, existe t-il une autre voie (comme dirait la grande poètesse Julia Roberts) ? Il semble bien que oui : ça s’appelle body neutrality et là encore je débarque puisque le phénomène s’affichait déjà sur la Toile en 2014. Cette tendance est présentée par la spécialiste Annie Poirier comme « une sorte de drapeau blanc qui se place au croisement entre la détestation et l’amour de soi. » Tiens, tiens, voilà qui me plaît bien. Mais que poste t-on sur Instagram si on veut illustrer la tendance body neutrality ?body-neutral-mentras

Le compte @beyondbeautifulbook, un compte en lien avec un livre dont le titre complet est Beyond Beautiful: A Practical Guide to Being Happy, Confident, and You in a Looks-Obsessed World (traduction approximative Au-delà de la beauté : un guide pratique pour être vous-même, heureux.se et confiant.e dans un monde obsédé par l’apparence) nous propose par exemple cet ensemble de mantras :

  • Je suis plus que mon apparence. Mon apparence n’est qu’une des multiples facettes qui font de moi ce que je suis.
  • Ma valeur ne dépend pas de mon apparence. Je suis valable pour tout un tas d’autres raisons.
  • Mon apparence va évoluer un million de fois au cours de ma vie. Parfois je me trouverai joli.e, parfois moins. Et c’est très bien.
  • Je n’ai pas besoin de me sentir beau/belle à chaque instant pour être heureux.se et vivre ma vie à fond. Être et se sentir beau/belle ne conditionne pas mon accès au bonheur.

Capture d’écran 2019-07-08 à 16.08.12.png

En somme, nous n’avons pas à être belles/beaux. Nous sommes des êtres humain.e.s complexes et uniques dont le corps n’est qu’une partie de l’équation. il ne détermine pas à lui seul notre valeur.

A priori, je me sens plus à l’aise avec la tendance body neutrality qu’avec les autres. MAIS. Peut-on faire une « tendance » avec quelque chose de neutre ? Si c’est un sujet de discussion ou de développement personnel est-ce vraiment neutre du coup ?

Finalement, je ne suis pas encore totalement convaincue. Car que nous soyons beach body ready, body positive ou body neutral, finalement, peu importe. L’important c’est que nous soyons heureux.ses et épanoui.e.s. Ou plutôt que nous aspirions à l’être. Ainsi, nous continuons à consommer des magazines, des crèmes, des pilules, des séances de coaching ou des posts Instagram. Le problème, après réflexion c’est donc sans doute l’injonction au bonheur, celle qui fait que nous cherchons à nous upgrader en permanence, physiquement ou spirituellement.

Mais ce sera l’objet d’un prochain article, quand j’aurai lu Happycratie d’Eva Illouz.

A bientôt, donc. Et bel été au pays parfaitement climatisé de votre corps !

Note : l’illustration de couverture est un zoom sur une planche anatomique du peintre du XVIIIe siècle Jacques Fabien Gautier d’Agoty à découvrir sur Wikimédia Commons.

 

2 commentaires

  1. je ne suis pas abonnée au blog mais j’aime bien ce qui s’y dit
    est ce qu’on pourrait le pacser (enfin un genre de lien moins officiel que le mariage )avec le face book du planning familial ?
    claire administratrice planning familial

    J'aime

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