Poème pour les immortelles

Ce weekend, j’ai vécu une expérience un peu exceptionnelle.
Je ne peux pas trop en dire pour ne pas divulgâcher (j’ai appris que c’était l’équivalent consacré par l’Académie française pour l’anglicisme « spoiler ») quoi que ce soit. Ça a à voir avec la maternité et avec un futur documentaire dans lequel ma voix et celles d’autres femmes résonneront. Loin, je l’espère. Pour mettre ensemble nos voix, nous avons passé 48 heures toutes ensemble, au fond des bois. C’était bien. ça m’a inspiré ceci.

Lise. Fabienne. Julie. Elsa. Blanche. Isabelle. Corinne. 
Noëlle. Rebecca. Romane. Louise*.
Ce soir la lune, immense et orange, brille au dessus du bois de chênes.
Nos vies sont différentes, mais notre lune est la même. De l’autre côté de la lune, Barbara, Nour, Célia*. Je pense à elles.
La lune est dans l’encadrement de la fenêtre de leur chambre à coucher. Si elles la voient, elle nous voient. J’aime cette idée.
 
Toutes. 
Ensemble. 
Mères. Ou non. Mères. Toutes. Les. Mères. Toutes. Les. Femmes. 
 
Les mêmes blessures. Les mêmes doutes. Les mêmes absences. Le même poids. La même tristesse. La même joie. La même honte. La culpabilité. Les espoirs. La colère. La haine. L’ambivalence. La renonciation. Le courage. La volonté. La perte. L’envie. Le désir. 
 
Toutes. 
Ensemble. 
Mères. Ou non. Mères. Toutes. Les. Mères. Toutes. Les. Femmes. 
 
Ça n’a rien à voir avec l’enfant.
Et tout.
Accoucher ne fait pas disparaître l’enfant. 
Il est là et il tremble, parfois. 
Alors l’enfant de dehors nous est insupportable.
Je n’arrive pas à me faire une raison de cet enfant, écrit Duras.
 
Lise. Fabienne. Julie. Elsa. Blanche. Isabelle. Corinne. 
Noëlle. Rebecca. Romane. Louise.
Marguerite.
 
Toutes. 
Ensemble. 
Mères. Ou non. Mères. Toutes. Les. Mères. Toutes. Les. Femmes.
 
Sur cette colline, entre ces arbres, dans ce silence, je nous ai vues sorcières, je nous ai vues déesses sanguinaires et princesses évadées.
S’ils savaient ce que nous disons. Ce que nous pensons. S’ils savaient qui nous sommes. En entier. Pas que le petit bout qui les arrange.
Nous mettraient-ils au bûcher ?
La flamme qui brûle en nous, c’est le feu des femmes éteintes pour avoir dit « Non » 
Non est notre nom.
Nous sommes leurs filles. Nous sommes leurs mères.
 
Toutes. 
Ensemble. 
Mères. Ou non. Mères. Toutes. Les. Mères. Toutes. Les. Femmes. 
 
Par delà la colline. 
Par delà la forêt. 
Par delà la lune. 
Par delà ma mère, et la tienne, et la sienne, et toutes les autres. 
Le vois-tu ce fil fragile sur lequel nous marchons ? 
C’est le fil ténu de nos histoires timides. 
 
Crions.
 
Je veux tisser une corde, je veux forger une chaîne. 
Une belle chaîne en fer solide pour continuer à marcher sûr, à marcher fort, à marcher loin.
Où on veut.
Et si jamais je tombe, et si jamais tu tombes. 
Nous trouverons en bas, pas si loin, pas tant que ça, les bras de toutes celles qui ont chuté avant nous. 
Elles nous berceront et nous ne serons pas mortes. 
 
Toutes. 
Ensemble. 
Mères. Ou non. Mères. Toutes. Les. Mères. Toutes. Les. Femmes.
 
C’est une histoire universelle. 
Nous sommes les immortelles.
* J’ai changé la plupart des prénoms

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