Les couleurs des mères

La couleur des mères n’est pas le rose bonbon. Non non.

C’est d’abord le rouge, rouge sang. Celui du sexe où passe l’enfant. Celui du corps qui enfle d’amour, d’angoisse, de peur et de joie. Celui des yeux après les larmes et des lèvres qui embrassent.
C’est ensuite le vert de la renaissance. La maternité est un printemps, un renouveau permanent. Jamais tout à fait pareille, pas totalement différente, la mère sans cesse se réinvente.
C’est aussi le bleu profond. Celui des yeux aveugles du nouveau-né qui regarde sans voir. Proto-regard. Le bleu de la mer intérieure, ivre ou immobile. Le bleu du coup frappé au cœur, indélébile.
C’est le marron. Organique. De la glaise de la mère et du père, l’enfant est terre. Argile, excréments, poussière.
C’est le jaune doré. Rayons brûlants des rires de miel, à faire pâlir le plus ardent soleil.
S’il faut du rose, pourquoi pas. Le rose c’est le pli, la fossette, l’émouvante cuisse et le ventre tout rond. Le rose, c’est la tendresse, c’est le pardon.
C’est enfin l’outrenoir. La couleur du fond de soi, de ce qu’on ne soupçonne pas mais que l’enfant, lui, voit.
Il le grattes, l’outrenoir, il en colores ses ongles mous. Il veut voir ce qu’il y a, ce qui se cache dessous.
Il veut voir ses parents, ses parents vraiment, pas des pantins qui font semblant.
Le bébé, c’est l’outrenoir. Dernière couleur avant l’au-delà.
Le noir dont surgit la lumière, de la naissance à trépas.

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