Epi-no, ou comment un jouet pour obstétricien va enterrer l’épisio

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Voir Madame Le Figaro du 01/08/2016, « Episiotomie, la méthode epino »

Médicaliser, appareiller encore et toujours. Nous fourrer des trucs dans le vagin, encore et toujours. Aujourd’hui, Figaro Madame nous fait découvrir un sympathique objet entre le tensiomètre et le Rabbit (vous ne connaissez pas le Rabbit ? Voyez plutôt) sensé mettre à mal l’épisiotomie.

Alors comment ça marche cette chose ?

« A partir de trois mois et demi de grossesse et jusqu’à la veille de l’accouchement, la future maman introduit le ballon dans son vagin, le gonfle à l’aide de légères pressions sur une pompe, puis l’expulse en tirant sur le tuyau. Le diamètre du ballon sorti augmente progressivement. Un mois avant le terme, la maman doit expulser un ballon de 10 cm de diamètre, l’équivalent du périmètre crânien d’un nouveau-né. »

Ça s’apparente tout simplement à du stretching, argumente une kinésithérapeute convaincue. Elle compare d’ailleurs la primipare à la danseuse étoile. « Quand on appuie sur une danseuse pas assez souple pour faire un grand écart, ça craque. Lors de l’accouchement, quand le bébé passe par des voies non préparées, c’est pareil » Moui. A part que le grand écart et l’accouchement ne sont pas exactement des disciplines comparables. Toutes les femmes sont a priori « faites » pour accoucher alors qu’aucun être humain n’est a priori « fait » pour le grand écart. La comparaison en elle-même fait montre de la banalisation de la violence, qu’elle soit obstétricale ou sportive : il n’est pas choquant d’appuyer sur une danseuse pour lui faire faire un grand écart (du moment qu’elle est assez souple, hein, on est pas des bêtes), il n’est pas choquant non plus d’assouplir les voies naturelles des femmes à coup de ballon de 10 cm de diamètre.

Voici ce qui se passe physiologiquement lors de l’accouchement : sous l’effet d’un cocktail d’hormones, l’utérus se contracte permettant au col de se dilater et au bébé de progresser jusqu’à l’engagement dans le bassin et au franchissement du périnée. Tout cela est assez bien fait et ne nécessite pas d’entraînement particulier. C’est comme pour l’allaitement, inutile d’aller se clipper des pinces à linge sur les tétons pour se familiariser avec la succion du bébé. Une femme enceinte qui souhaite découvrir les sensations d’appui sur son périnée pourra tout simplement utiliser ses doigts ou ceux de son.sa partenaire. Elle pourra éventuellement se masser avec une huile végétale. Elle pourra même, pourquoi pas, s’orienter sur l’épi-no si elle veut vraiment approcher au plus près ce que peut être l’expulsion d’un bébé. Mais sans les hormones de l’accouchement, sans intimité, couchée sur le dos dans un cabinet de kinésithérapeute ou de gynéco, il y a fort à parier que cette expérience puisse être fort désagréable. Quoi qu’il en soit, s’il peut éventuellement être utile pour découvrir cette zone méconnue qu’est le périnée, nous dire que l’épi-no (je ne vais pas glauser sur le nom de l’engin, il mériterait un article à lui seul) va nous éviter une épisiotomie est une nouvelle preuve de la mauvaise foi du corps médical. Ben oui, si on fait trop d’épisio c’est à cause des femmes qui ne préparent pas assez bien leur périnée. On ne peut vraiment pas compter sur elles ! AU moins, en Ouganda elles ont la décence de s’enfiler des callebasses géantes et ça marche ! On oublie sans doute de préciser qu’en Ouganda, on n’accouche pas comme en Europe et que la différence est peut- être là.

Peut-être que beaucoup d’épisio pourraient être évitées en laissant les femmes se réapproprier leur accouchement : préparation concrète et bienveillante, axée sur la physiologie, déclenchement naturel, moins de péri, choix de la position, mobilité, encouragements, sécurité, calme… Encore une fois, la femme enceinte est réduite à un simple corps. Un corps creux rempli d’un bébé et qu’il faut vider au plus vite. Un corps que l’on peut manipuler, façonner à sa guise, rendre malléable. Les parturientes sont les jouets de la science et pour s’amuser encore plus, on introduit d’autres jouets.

Combien de temps devrons-nous encore nous laisser manipuler par une médecine omnipotente ? C’est la médicalisation qui a fait augmenter le nombre d’épisio et c’est encore la médicalisation qui prétend le réduire avec des appareils de torture toujours plus sophistiqués.

On trifouille, on écarte, et toujours on avilit, on rend la femme coupable mais pas capable. On nous fait peur en nous promettant des douleurs insurmontables et des déchirures atroces qui nous laisseront à jamais mutilées. L’accouchement est devenu l’Everest, un truc pour alpiniste chevronnée que seules les plus entraînées pourraient franchir. Ce n’est pas une promenade de santé, certes, mais ce n’est pas infranchissable non plus. Oui, ça fait peur mais pour apprivoiser cette peur c’est de confiance dont nous avons besoin, surtout pas d’infantilisation, surtout pas qu’on nous dise « T’inquiète chérie, allonge toi là, je m’en vais t’assouplir le périnée ! ».

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