Bien trop sage

L’autre jour, pour la nième fois depuis la naissance de ma fille, je me suis entendu dire qu’elle était particulièrement calme parce que j’avais vécu une dépression du post-partum et que, souvent, « Ces enfants-là s’effacent pour ne pas en rajouter ». Ce n’était pas l’épicière ou une mamie dans la rue, bien qu’elles aient elles-aussi certainement un avis sur la question. Non, cette sentence arbitraire émanait d’un médecin généraliste. Mais comme je l’ai dit il n’était pas le premier. Le seul endroit où on ne m’a pas servi cette analyse à l’emporte-pièce, c’est l’Unité Parents Enfants où j’ai été prise en charge pendant ma dépression. Dieu merci, ces gens-là connaissaient leur sujet. Ils savaient que la culpabilité est déjà là, lourde, pesante, permanente. Rien ne sert d’en rajouter en mode « Tic tac tic tac, attention, si tu ne vas pas VITE mieux, ton enfant va garder de GRAVES séquelles A VIE ! »

J’ai entendu mille fois que ma fille était sage, ne pleurait pas et faisait ses nuits pour me préserver. Mais les autres mamans que j’ai croisées à l’hôpital ou ailleurs ont entendu mille fois que leurs bébés hurlaient toute la journée, avaient un reflux ou ne dormaient pas car ils ressentaient la détresse de leurs mères.

Moralité : quoi qu’il arrive, c’est toujours de notre faute.

Les professionnels de santé qui se livrent à ce type d’analyses tout juste dignes de la rubrique Psycho de Closer, ces professionnels devraient savoir que ça n’aide pas. Pas du tout.

Combien de fois ai-je pleuré, persuadée que j’écrasais ma fille de tout le poids de ma dépression ? Que je l’empêchais de s’exprimer, d’être elle-même, d’avoir une personnalité ? Combien de fois ai-je pensé que j’allais en faire une petit chose fragile et effacée ? J’ai fini par croire que le caractère facile et apaisé de ma progéniture était une mauvaise chose. Elle sourit tout le temps, mange avec appétit, dort 13h par nuit et fait preuve d’une patience exceptionnelle ? Mmh, c’est louche.

Pendant ce temps, toutes les mamans qui subissent les pleurs et les gesticulations d’un bébé braillard, toutes celles qui se réveillent encore 4 fois par nuit alors que leur bébé à 2 ans, toutes celles qui galèrent pour tout – les repas, le bain, le coucher, si elles ont le malheur d’avoir connu une difficulté maternelle, ajouteront à l’horreur du quotidien une profonde culpabilité à l’idée que c’est de leur faute. On leur aura dit maintes fois.

Calmez vous, votre bébé le sent. Détendez-vous, lâchez prise, cessez de pleurer, pleurez un bon coup, prenez sur vous, reposez vous, dormez plus, mangez mieux…

J’en ai marre d’entendre que tout est de ma faute. Je suis aujourd’hui intimement convaincue que ma fille est telle qu’elle est non pas A CAUSE mais GRÂCE à moi (et à son extraordinaire papa, ça va sans dire).

3 commentaires

  1. Il y a une dose de ce que tu as vécu, une louche de son caractère, une pincée du papa et ce gloubi boulga fait que ta fille est ta fille 🙂 Ma foi, tu l’as plutôt pas mal réussi et j’ai envie de te dire que TU es parfaite pour elle et inversement ! N’écoute que toi (et elle) (je sais facile à dire) et pour le reste laissez vous vivre ce que vous avez envie de vivre ! bisous

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