Summertime

Depuis quelques jours c’est l’été.

L’été beau et cruel.

C’est le temps des robes légères, c’est le temps des jambes et des bras nus à assumer. Le temps des décolletés trop ou pas assez bombés. Des fesses trop flasques et de la peau d’orange. Du ventre qui porte la trace des grossesses.

Au moment d’enfiler jupe et sandales, on fait l’inventaire de ce qui ne va pas.

J’ai des poils sur le gros orteil. J’ai des poils sur les jambes. Sur les cuisses et sous les bras. Je ne suis jamais parfaitement épilée, et pourtant j’essaye ! Comme font les autres pour avoir ces jambes parfaitement glabres ? La dernière fois que j’ai voulu me mettre un coup de rasoir, le vil objet a dérapé, m’entaillant le tibia sur deux centimètres et laissant une cicatrice disgracieuse qui perdurera probablement tout l’été. Aux poils et aux entailles s’ajoutent les petites veines violettes omniprésentes, les pétéchies, un vilain nom pour une vilaine chose. Tout cela s’apposant sans ménagement sur une peau trop blanche, qui, au mieux deviendra vaguement dorée, au pire complètement cramoisie. La peau de miel est pour les autres.

Jambes de cire, peau de miel, seins ronds et fermes, ventre plat, voilà ce à quoi je dois confronter ma banalité au moment de m’exposer en tenue d’été.

J’exècre leur jeunesse et j’exècre une normalité qui, en hiver, me satisfait.

J’ai ressorti ma pince à épiler. Mes pinces à épiler en fait. La chasse au poil est ouverte et dans la salle de bain comme dans la cuisine ou dans la salon, aucun ne doit m’échapper, peu importe que je sois en train de préparer un aïoli au moment où l’indésirable me tape à l’œil. Les imperfections de toutes natures – boutons, points noirs et autres poils incarnés sont traquées sans répit.

Ce physique somme toute banal, que je sais plutôt harmonieux et conforme aux standards de beauté de notre temps, ce corps me satisfait 9 mois dans l’année. Mais aux premiers rayons du soleil, l’examen quotidien de mon corps nu dans la salle de bain se transforme en séance d’auto-torture. Et que je te triture un bouton par ci, et que je me pince un bourrelet par là…

Pour la première fois cette année j’ai acheté un maillot une pièce, apanage des mères complexées.

Je n’aime pas vraiment le porter, symbole de ma jeunesse périmée. J’ai comme une envie de rester prostrée sur ma serviette, bras autour des genoux. Tout le reste de la plage étant un territoire ennemi peuplé de créatures de rêve qui m’agressent la rétine.

Les voyez-vous virevolter, quelle impudence ! Pas de bras autour des genoux pour ces merveilles aux corps dorés que tout admire, que tout révèle.

Autour il y a les autres qui contemplent avec regret cette jeunesse qui, il y a peu, était la leur.

Alors voilà c’est l’été et cette année encore je n’aurai pas ma place au Panthéon des peau lisses et bronzées. Je traînerai encore mes coups de soleil et mes jambes ordinaires jusqu’à la fin de la saison. Quand je remettrai avec satisfaction et regret mes jeans et mes chaussures fermées. Quand je pourrai de nouveau admirer ce qui est sublime lorsqu’il est caché. Lorsque je me contenterai à nouveau d’une merveilleuse normalité.

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