Journal d’une grossesse (extraits)

En ce matin de janvier 2018, je me replonge dans les écrits de celle qui, pas encore maman mais déjà habitée par le désir de témoigner, entamait un journal de grossesse.

Il n y a eu ni contrainte, ni régularité, juste quelques fulgurances échappées ça et là, au rythme des découvertes, des angoisses, des joies et des nuits d’insomnie.

En voici quelques extraits, pour vous exhumés.

24/08/2015

Voilà quelques semaines maintenant que tu es avec moi. Nous partageons ce corps, ce véhicule. Un petit renfoncement dans le bas de mon ventre et mes seins gonflés trahissent déjà ta présence pour ceux qui y prêteraient attention. Nous ne nous connaissons pas encore très bien. Toi, tu n’as même pas encore conscience d’exister et moi mon existence se résume maintenant à toi, toi que je ne connais pas. Tu comptes sur moi et je dois te donner le meilleur. Difficile de penser à autre chose qu’à toi, lové là, qui attends des tas de choses. J’imagine ce que sera notre vie ensemble, à trois, ce que sera ta naissance, je te vois téter mon sein, j’imagine ton visage et tes cheveux collés à ton front lorsque tu viendras au monde. Mais je pense aussi beaucoup aux poussettes, auto, siège auto, cosy, maxi-cosy, super-extra-maxi-cosy, berceau, peinture, décoration, babycook, babygros, babyliss (euh, non, celui-là c’est un intrus). Et surtout je pense à moi et à ton papa. Sais-tu que depuis plus de 6 ans nous vivons en harmonie la plupart du temps et que tu vas venir – excuse-moi du terme – tout foutre en l’air ? Que sera notre vie après toi ? Nous aimerons-nous ? Nous souviendrons nous de ce jeune couple amoureux et libre que nous avons été ? Serons-nous assez insouciants pour t’élever dans la paix, la joie, le partage, le jeu, les histoires, les rêves ? Saurons-nous toujours nous disputer puis discuter puis pardonner ? Ferons-nous toujours l’amour ? Est-ce que ce sera mieux ? Moins bien ? J’attends beaucoup de toi, je crains beaucoup de toi, tu me fais peur, tu es puissant, tu es tout le temps là, je n’ai pas de repos, pas de répit. Qui es-tu, que veux-tu ? As-tu ce dont tu as besoin petit d’homme ? Entends-tu mes pleurs lorsque la peur devient trop forte ? Que penses-tu de ça ? As-tu peur ? Es-tu triste ? Ne crains rien, petit d’homme, ta maman est un être d’émotions et de pensées. Elle ne sait pas trop vivre sans gamberger mais tu peux peut-être lui apprendre ?

01/09/2015

Voilà 9 semaines que tu es avec moi. Nous nous connaissons mieux à présent et je te ressens déjà comme un petit être. Je sens ta lumière, je sens ton âme. Mes pensées sont pour toi. Je voudrais te donner le meilleur mais ce n’est pas toujours facile de me détendre. J’essaye. Ton papa m’aide. Il me fait des massages et peut-être que lui aussi te parle, à travers ses mains. Je nous imagine dans tous les endroits que j’aime. Je te vois courir pieds nus dans l’herbe grasse du jardin du Pharo. Au-dessus de nous le ciel est presque tout bleu, il y a juste un gros nuage moutonneux qui s’accroche aux montagnes. La lumière est belle et j’espère que lorsque tu seras là, tu sauras apprécier toutes les nuances de bleu, tous les reflets de bateaux sur le Port, tous les nuages qui font changer jour après jour la paysage. Je nous imagine aussi marcher main dans la main près d’un lac, c’est l’hiver, tes joues sont toutes roses, ton nez aussi. Tu as un bonnet rouge, une parka kaki et des bottes en caoutchouc bleues. Du coup, tu n’as pas peur de la boue, tu peux marcher librement mon enfant. Tu montres les canards et le ciel, encore le ciel immense qui nous entoure. Au bout d’un moment nous nous asseyons. Tu te loves contres moi, je referme les pans de mon manteau sur toi pour que n’aies pas froid. Je sens ton souffle délicieux dans mon cou, je respire tes cheveux. Je suis ta mère, tu es mon tout petit et quand je pense à ça c’est à la fois impossible et grandiose à imaginer. Il me tarde que tu sois là mon amour.

03/10/2015

Mon bébé ça fait 11 semaines maintenant que tu es avec moi. La semaine dernière, nous avons fait notre première échographie. Nous savons maintenant que tu naîtras aux environs du 17 avril. Encore tout ce temps avant de te rencontrer ! Côté moral, les deux dernières semaines n’ont pas été top, j’en veux beaucoup aux gens autour de moi de ne pas me traiter différemment. Et en même temps, lorsqu’ils me traitent différemment, ça m’énerve aussi. Je me sens souvent seule en fait. Toi et moi, on est dans le même bateau 24h/24 et on sait ce que c’est de vivre toute notre vie ensemble. Je trouve compliqué d’être enceinte à plein temps dans un monde qui continue à tourner normalement. Mon monde à moi a déjà tellement changé. J’ai l’impression que même ton papa est sur un autre rythme. C’est normal d’ailleurs. Ce temps qui me paraît long doit lui paraître, à lui, interminable. J’ai encore souvent mal au ventre, à l’estomac surtout. J’ai beaucoup de mal à manger. Tout me fait envie mais rien ne passe. Ça m’inquiète beaucoup car je crains de ne pouvoir te donner ce dont tu as besoin. Peut-être que c’est parce que je ne m’alimente pas bien vis-à-vis de tes besoins que mon corps réagit comme ça… Ou alors c’est le stress, cette solitude, l’impression que les considérations de tous les gens autour de moi sont futiles, l’impression permanente que ce que je fais au quotidien n’a aucune importance. C’est vraiment dur de se sentir bloquée comme ça en permanence, je voudrais tellement dévorer tous les aliments, me régaler de la vie pour te transmettre tout ce plaisir. Pour enfin pouvoir me dire, « Oui, je suis une femme enceinte épanouie ». J’ai l’impression de ne rien faire comme il faut. J’ai mal au dos, j’ai mal quand je mange, je suis énervée, irritable, j’ai peur, je n’arrive pas à me détendre, j’oublie même parfois de respirer et je pense déjà au jour de ta naissance, ce jour où il faudra qu’enfin je lâche prise. En suis-je capable ? Pourrai-je te faire naître comme je le désire ? Dans l’intensité et dans la vérité de ce moment sensé être unique ? Que de doutes mon bébé ! Et pourtant, j’ai tellement hâte que tu sois là. Je ne voudrais pas que tu penses que c’est ta faute, je ne voudrais pas que tu croies que je te regrette car franchement, je ne me suis jamais sentie aussi sûre de moi qu’aujourd’hui. C’est grâce à toi. Tu me donnes plein de force. J’ai juste peur de te pas être à la hauteur. Tu mérites une maman épanouie et détendue, une maman qui sait manger des bonbons et des gâteaux et du camembert rôti. Qui n’a pas tout le temps mal quelque part et entraîne sa famille dans ses douleurs. Les douleurs. Depuis quand n’ai-je pas eu mal ? Je ne passe aucune journée sans conscience d’une douleur quelconque. Et mes douleurs tourbillonnent, le ventre, le dos, le sexe, les muscles, le ventre, le dos… Pardonne moi mon bébé.

26/10/2015

Mais tu es enceinte ? Mais ça ne se voit pas du tout !

Que voient-ils de toute façon ? Nul ne saurait nous voir, toi et moi, seuls au milieu des autres. Un ventre montgolfière te rendrait-il vraiment plus évident aux yeux de ces simplistes pour qui une femme enceinte n’existe que grosse, un bébé n’existe que rouge et braillard ? S’ils savaient mon amour à quel point je suis enceinte. Mon ventre trop plat mais mon cœur et mon cerveau gonflés de toi. Moi, déjà maman, toi, déjà bébé, déjà recroquevillé nu sur mon corps nu, lorsque tu naîtras. Toi rampant, tétant, vomissant et vagissant. Toi chiant et pissant et riant et courant. Moi déjà inquiète, déjà fière, déjà dépassée par ta force, tes envies. Déjà incomprise, ne te comprenant pas, pleurant lorsque la première fois on t’arrachera à moi. J’ai rêvé de toi, cette nuit, tu étais une fille, tu t’appelais Madie. C’est ce qui est prévu, n’adviendra peut-être pas. Tout ton monde est déjà au creux de moi et on me parle de kilos. Ce ne sont pas des kilos, ce sont des kilomètres de possibilités que je porte, que tu portes. Voilà pourquoi, toi, qui, paraît-il, a la taille d’une pomme, ma pink lady, mon golden boy, voilà pourquoi tu pèses une tonne, tu mesures 2 mètres, tu prends tes racines au fond de mon enfance et t’élèves bien au-dessus de ma mort. Voilà pourquoi tu es immense, tu es le bébé, l’enfant, l’adulte et le vieillard. Voilà pourquoi je suis on ne peut plus enceinte, on ne peut plus fille, on ne peut plus mère, on ne peut plus femme. Sans kilo, je fais 100 kilos. Le ventre plat, je suis ronde comme la Terre. Sans ta peau, sans ta voix, je suis déjà ta Mère.

06/11/2015

Je suis étendue sur le lit, en position d’ouverture, mains et pieds déployés, la tête légèrement surélevée pour éviter le reflux. Il est 3h30 du matin, nous sommes vendredi matin et je ne parviens pas à dormir. J’essaie désespérément de me détendre, de me rappeler mes anciens exercices de sophro, en vain. Tu reviens régulièrement toquer à la porte de ces touts petits coups que tu donnes et que je sens depuis la semaine dernière. Des petits tintements de vie qui, depuis que je suis en mesure de les saisir, me plongent dans la béatitude propre à la femme enceinte tout comme dans un abyme d’angoisse à l’idée que – cette fois c’est sûr – tu es bien réel. Je portais probablement en moi jusqu’alors une petite impression de retour possible, un truc moins inexorable. Là, entre tes danses vaudous sous mon nombril, les jouets et la layette qui s’accumulent dans la chambre et mon ventre qui commence sérieusement à s’arrondir, je n’ai plus aucune échappatoire. Dans moins de 5 mois tu seras là et rien ne saurait l’empêcher. Que vais-je faire de toi petit être ? Qu’allons-nous faire de toi ? Retrouverai-je un jour une envie, un désir autre que celui de te porter et de protéger ? M’appartiendrai-je à nouveau ? Pourrai-je de nouveau faire l’amour en pleine possession de mes désirs, de mon corps, sans douleur, tiraillement, irritation, brûlure ? La sexualité me manque cruellement mais je ne trouve aucun chemin vers elle, tous sont obstrués par mes angoisses et ma douleur. Comme avant, si j’ose dire. Mais pire qu’avant, parce qu’en plus, je ne pense qu’à toi et que mon besoin de solitude dépasse largement celui du sexe. La grossesse me paraît de plus en plus être un moyen terme à trouver entre le plein et le vide. Aujourd’hui (je voudrais dire hier mais je suis obligée de reconnaître que je suis debout à 4h du mat’ et que je dois aller bosser non pas demain, mais tout à l’heure), aujourd’hui nous avons rendez-vous avec notre sage-femme pour l’entretien du 4e mois. Un truc où on parle de tout ce qui n’est pas médical dans la grossesse. Cet entretien me stresse énormément car pour moi, pour l’instant, rien n’est médical dans ma grossesse. Parler de ce qui ne l’est pas, c’est donc parler de tout, et on pourrait y passer la journée. Parler de comment tu es arrivé là dans ma vie, dans notre vie, de comment je ne te voulais pas vraiment, pas tout de suite, de comment l’idée d’être mère ou plutôt de bâtir la femme tout en étant mère me paraît un objectif inatteignable. Parler de ma psychothérapie, de ma relation aux autres, de mon incorrigible stress, de mon encore plus incorrigible culpabilité, de mon impossibilité à vivre le plaisir de façon décomplexée, de ma sexualité éternellement contrariée, de ma soif de perfection poussée jusqu’au délire, jusqu’à la paranoïa. Parler de maintenant, maintenant que tu es là. Parler de l’inextinguible besoin d’être seule, isolée, tranquille, immobile, de te respirer chaque seconde, ne jamais parler à quiconque – tous des cons. Parles des symptômes ? Finalement non, ne pas en parler, ou pas beaucoup. Pas important en fait. Parler de ta venue au monde et de mon inscription dans cette lignée de femmes qui accouchent courageusement, à l’hosto ou sur la table de la salle à manger, mais toujours dans la douleur, toujours pour de vrai, comme de vraies super nanas qu’ont pas froid aux yeux. Dire que moi aussi, je veux être ça, vivre ça, les choses en vrai, les choses en grand, mais que je crève de trouille. Stressée comme je suis, j’y arriverai jamais à le laisser sortir, non ? Et puis si j’y arrive pas, je vais encore culpabiliser. Pour l’allaitement c’est pareil. Je veux vivre ça mais quand j’y pense je ne me perçois tellement pas comme une mère que m’imaginer en train d’allaiter à presque quelque chose de ridicule. Tu vas sans doute t’en rendre compte, de ça, mon bébé, et peut-être que tu ne vas pas vouloir. Ou que je vais tout foutre en l’air. Possible. Et le baby blues ? Je vais en faire un, c’est sûr. Quand j’entends parler de ces nanas qui n’arrivent pas du tout s’occuper de leur marmot, je m’y vois, je me dis « non, non, non, pitié que ça ne m’arrive pas. Pour une fois, je voudrais vivre les choses bien ». Parler de tout ça, laisser parler ton papa aussi, qui doit certainement avoir beaucoup de choses à dire bien que je ne lui laisse aucun espace dans cette affaire là. Je le sais mais là encore je ne vois pas comment faire autrement. J’espère que la sage-femme l’écoutera avec toute l’attention que je ne peux pas lui donner. Eh ben ça y est. 4h32, je chiale. Le chien vient me consoler, comme toujours. L’est mignon, ce chien. Incroyable que je trouve plus de place dans ma vie pour lui que pour mon mec. M’enfin, c’est vrai qu’il est moins impliqué quand même.

02/12/2015

Je pense à toi, garçon ou fille
Je pense à toi, citron, myrtille
Je pense à ton nom qui m’habite
Petit pépin
Mini pépite
Mais quel bazar ! Mais quel bordel !
Quelle histoire surnaturelle !
Quand tu bouges, que remues-tu ?
Petite fée
Petit zébu
Qui que tu sois, fille ou garçon
Serpent, lapin ou bien dragon
Tu es mon tout, mon tout petit
Petite graine
Petit fruit

01/01/2016

Aujourd’hui, nous sommes le premier janvier. Premier jour de la nouvelle année. Nous la débutons  en sachant déjà qu’elle sera exceptionnelle. Bizarre comme sentiment. Ça me fait penser à une chanson de la Canaille, « Quelque chose se prépare ». Tu es une prophétie. Un truc dont on est sûr qu’il va s’accomplir, un truc énorme et qui fait peur. Un truc magique et un poil mystique.

Ah, au fait, tu es une fille. Tu t’appelles Madie. Voilà plusieurs semaines que nous le savons mais c’était tellement évident. Nul besoin de le raconter. Ce jour-là fut une révélation, la concrétisation d’un rêve et d’un désir profond. Tu es une fille. Ma fille. Je vois déjà tes jupes tournoyer et ton rire s’envoler. Tes cris suraigus transpercer notre calme, notre platitude. Je t’entends nous envoyer chier, tes dread locks sur la tête et ton t-shirt Che Guevara noué sur ton nombril. Ton père te dessine beaucoup. Je crois qu’il t’aime déjà. Tu es une fille. Sa fille. Il te voit déjà lui faire du charme, il se voit déjà tout te donner. Il te voit déjà partir, t’envoler. Il aura le sourire aux lèvres et le cœur en miettes. Il t’aimera Madie, je le sais. Ton père est un homme formidable.

Et ton prénom ? L’aimeras-tu ? Ce n’est pas un prénom à histoire, ce n’est pas un prénom historique, ni mythologique ni généalogique. Rien de profond ne sous-tend ce choix. On trouvait ça joli, c’est tout. Et on trouve que ça te va bien. J’espère que tu habiteras  ce prénom qui est le tien. Que tu ne te demanderas pas, comme moi, ce qui a pu passer par la tête de tes parents ce jour-là. Que ton prénom ne sera pas juste une étiquette posée là.

Aujourd’hui, premier janvier, premier jour de la nouvelle année, je suis heureuse que tu sois là. Bonne année ma fille adorée.

21/01/2016

Ce matin un temps sublime.
Et 5 minutes de plus prises avec toi pour faire le tour du parc au lieu d’aller vite, vite travailler.
Les reflets du soleil sur le Vieux Port que j’aime surtout vu d’ici.
Obligée de mettre la main en visière pour voir la Bonne Mère, éclatante.

Un ciel bleu comme au printemps malgré le froid mordant. Des messieurs venus assister à une conférence et qui, comme moi, volent à leur journée de travail quelques minutes de douceur. Des joggeurs, des personnes âgées qui ne laissent plus le travail leur dérober quoi que ce soit.

Je t’imagine légère, en manteau rouge, courant sur le parvis du Palais, ne risquant rien ici et laissant libre court à ton impressionnante vivacité. Je m’imagine en mère attendrie par ta gaieté, tes couleurs, par ta joie de feu-follet.

Madie ce matin plus qu’un autre je voudrais que tu sois là pour partager ce que je vois, ce que je sens, ce que je respire. Après, on irait boire un chocolat chaud.

15/02/2016

Ensemble on est allés à Venise, on est allés à Londres et à New-York. En Corse, au Monténégro. On est aussi allés au lac de Salvagnac un jour de neige et on a fait des dérapages en voiture sur le parking. On s’est ennuyés l’un contre l’autre des jours entiers, savourant chaque minute de douce oisiveté. Nous avons passé des journées sans se laver et d’autres en pyjama et nous avons continué à nous trouver beaux, et nous avons continué à penser que l’odeur de l’autre était la plus chère que nous ayons. Nous avons passé des heures sans parler et d’autres à refaire le monde, nous avons passé des heures à nous engueuler. Mais pas tant que ça. Un jour nous nous sommes presque séparés mais je ne sais plus vraiment pourquoi. Un jour nous avons fait l’amour et sans que nous l’ayons décidé tu étais là. Depuis, je me suis demandée mille fois quelle sera notre vie quand tu seras là, entre nos bras. Où irons-nous avec toi ? Où irons-nous sans toi ? Quels chemins parcourras-tu sans nous et à combien de cartes postales aurons-nous droit ? Je rêve nos après-midis en chaussettes, sans mettre le nez dehors, ça finira forcément par des crêpes. Et si tu n’aimais pas les crêpes ? Peut-être irons-nous courir sur la plage ou escalader les rochers des Calanques, curieux du moindre coquillage, de la démarche des crabes. Tu bronzeras sans doute mieux que moi. Toi et ton papa, vos peaux dorées, vous moquant de moi et de mes coups de soleil attrapés en deux minutes à attendre une glace. Je rêve les super p’tits dej du dimanche matin, quand nous aurons le temps, quand nous nous en foutrons de la chambre à ranger et de la vaisselle accumulée. Je crains ces autres jours de stress et l’histoire lue trop vite, le baiser trop léger sur ton front, le ‘bonne nuit’ sonnant creux parce que pas le temps, la vaisselle, le linge, le boulot, l’envie d’être à soi, enfin. Je crains ta venue autant que je la rêve.

15/03/2016

Qui es-tu petit monstre ? Petit Zébulon gigotant fort dans mon ventre qui commence à devenir trop étroit. Tes coups te rendent humaine. Je vois tes petits poings serrés fort, tes minuscules petits ongles, cette pellicule blanche sur ta peau, tes jambes recroquevillées autant que possible. Je te vois petit animal contre moi, agrippée, tes yeux cherchant mes yeux, ta bouche cherchant mon sein. Qui es-tu petit être ? A quoi, à qui ressembleras-tu ? A ton père, je l’espère. Sa peau parfaite et dorée, ses yeux d’une couleur complexe, pas si évidente dès lors qu’on se plonge dedans, ses cheveux bouclés. A moi aussi un peu ? La finesse de ma silhouette et mes fesses rebondies, mes grains de beauté. A ton père, son humour, sa tendresse, son bon sens, son intelligence de la vie, son talent pour le dessin. A moi, mon goût pour les mots et les livres, mon humour, différent du sien, ma capacité à contempler les gens et les choses, à les aimer sans les toucher, sans les approcher, ma voix, ma musique intérieure. Tu auras peut être tout ça et tout le reste, tout ce qui t’appartiendra et qui nous fera nous demander « Mais de qui le tient-elle ? » Pour l’instant tu es ma mie, ma miette et bientôt je devrai te laisser prendre ton envol, devenir toi et ne plus m’appartenir. Tellement peur, tellement hâte de te voir petit monstre joli, petite créature incroyablement parfaite. A bientôt.

24/03/2016

La lune éclaire comme en plein jour. Se peut-il que des gens dorment avec une lune pareille ? Pas nous en tout cas. Nous, nous profitons malgré nous du spectacle. Ça console un peu de contempler, au travers du velux du salon, cette sphère parfaite. Je me plais à me dire qu’elle est à mon image ronde et pleine. Je suis, par contre, tout sauf lumineuse. Ma mine de papier mâché après une série de nuits découpées, en kit. Moi qui ai toujours trouvé refuge dans le sommeil, il se soustrait aujourd’hui à moi avec un acharnement exaspérant. Chaque nuit, le même rituel cassé. Le coucher – qui auparavant était suivi de peu par un délicieux naufrage dans les bras de Morphée – le coucher est aujourd’hui inlassablement suivi d’une phase d’allers-retours d’un côté à l’autre de ma propre personne. Le but étant de contourner, physiquement et mentalement, le ballon trop gonflé qui entrave tout mon être. Gauche, droite, genoux relevés, jambes étendues, coussin placé entre les cuisses. Chaque tentative donne lieu à quelques minutes de confort éphémère. J’ai l’illusion de tomber dans le sommeil. Jusqu’à ce qu’un bras, une jambe, un pied – l’un des miens ou l’un de ceux de ma fille – me rappellent l’inconfort et que je fasse une nouvelle tentative. A côté de moi, l’homme respire paisiblement. Grogne parfois, me pousse souvent pour que je cesse mes soubresauts. Mue par la culpabilité (l’homme travaille demain) ou simplement par un amer constat d’échec (je ne m’endormirai pas, du moins pas maintenant), je finis toujours par me relever. La nuit m’angoisse, c’est en elle que je dois trouver les ressources mais que faire la nuit à part dormir ? Je crois que les programmes TV entre 2h et 6h du matin sont des pousse-au-crime pour toute personne désireuse d’en finir. Vacuité extrême. Lecture et écriture demandent une sérénité que je trouve difficilement en ces heures noires. Je dois donc dépasser et la frustration d’être abandonnée par mon sommeil chéri et l’angoisse et l’ennui. Aujourd’hui, alors que ce rythme étrange devient quotidien je ne peux que redouter les mois qui m’attendent lorsque Madie sera là. Les nuits dictées par ce petit être immature et affamé à qui j’aurai à offrir mon sein, pour qui je sacrifierai mon repos sur l’autel de la maternité. Parfois j’ai juste peur, parfois je suis en colère contre elle pour ce qu’elle me fait subir par anticipation. En colère aussi contre son père dont les nuits sont lisses et belles, comme avant. En colère contre moi qui ne sait pas profiter de ces derniers jours de fusion. Dernières heures que je voudrais habillées de plénitude et de tendresse mais qui sont trop souvent travesties par le doute, la peur et une panique sourde. Les qu’ai-je-donc-fait du début deviennent des qu’ai-je-donc-fait de fin, le cycle se termine. Bientôt il faudra passer au cycle suivant. Un cycle dans lequel nous serons trois, où mon corps ne sera plus maison, où je n’aurai plus le contrôle, où je devrai laisser la place à un bébé, à un papa. Se peut-il que des gens dorment avec des interrogations pareilles ?

27/03/2016

Un jour, un homme de ma connaissance m’a dit qu’il aimait les femmes petites car elles étaient « maniables ». Cette maniabilité faisant référence, j’imagine, à la possibilité de tourner et retourner facilement lesdites femmes durant l’acte sexuel. Cela traduit bien sûr l’immense mépris de cet homme vis-à-vis des femmes, grandes ou petites, mais également sa faible considération de l’implication de ces dernières dans l’échange amoureux. Heureux l’homme qui sait manœuvrer, heureuse la femme qui se laisse faire. Inutile de préciser, ma chérie, que je n’ai pas couché avec cet homme. Mais je repense aujourd’hui à cette goujaterie sans nom et au caractère immonde de ce lexique mécanique pour évoquer la femme. Et je réalise que tu vas naître fille et – fatalement – devenir femme. Et vois-tu mon amour, je voudrais que jamais tu ne te sentes obligée d’être maniable, ou docile, et que jamais aucun homme, face à toi, n’ose proférer de telles horreurs. Comment te préparer à la dure réalité des rapports entre les sexes ? Comment faire de toi une femme confiante et forte, ne s’en laissant pas conter mais capable de don, d’abandon, de tendresse, d’amour. Une femme qui décide, qui propose, qui prend en main sa vie et sa sexualité, qui ne se laisse faire que parce qu’elle le désire. Qui ose dire à quelqu’un qu’il lui plaît, qui aime et accepte d’entendre qu’elle plaît. Tout cela, bien sûr, est bien loin de nous aujourd’hui et toi seule décidera de la femme que tu souhaites devenir. Je serai sans doute émerveillée ou ébranlée par tes choix. La quête, puis la conquête, de la féminité sont le chemin de toute une vie et j’espère qu’au détour d’un carrefour nous nous rencontrerons parfois.

15/04/2016

Mon ventre lisse comme une mer d’huile. Aucun signe ne laisse entrevoir, dans ce calme, la tempête. A deux jours du terme, l’attente insupportable. Dans ma tête, comme une énorme horloge comtoise. La même qui, lorsque j’étais enfant, chez ma nounou, émiettait les interminables débuts d’après-midi passés devant la télé en attendant que le vieux se réveille. Cela durait, durait et il me semblait que jamais le sombre gong ne retentirait. Il retentit toujours, comme le coucou sort toujours de sa niche l’heure venue. Je suis simplement face à une montre sans aiguille qui fonctionne sans que j’aie aucun moyen de repérer minutes et secondes.

Picotements, pesanteurs, tiraillements, tourner-bouler de ma fille, tout est suspect. Chaque matin, l’espoir, l’envie, l’impatience. Chaque soir, la déception, la peur – serai-je mangée demain ? Et à quelle sauce ?

Et l’impatience des autres aussi. Les messages me parvenant par tous les canaux modernes imaginables. Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Deux semaines déjà à répondre « Non, toujours pas, on attend. » Deux semaines de « Bon courage ! » et de « Il nous tarde ».

Ces deux valises ouvertes dans la chambre de Madie, deux béances en attente d’une trousse de toilette, d’une dernière petite chose à ajouter avant de partir. Elles sont prêtes depuis tellement longtemps maintenant que j’ai le sentiment qu’elles se sont fossilisées dans le décor. Leur aspect utilitaire m’échappe aujourd’hui. Aura-t-on vraiment besoin, un jour, de boucler ces deux valises, de les charger dans le coffre de la voiture ou ne sont-elles que des éléments de folklore ? Des accessoires qui, comme mon gros ventre, feraient penser à la présence d’une femme enceinte dans ces murs mais qui ne seraient en fait qu’une représentation de la réalité, comme si tous ces mois étaient une répétition générale, un jeu de gosses,  un truc pour de faux.

Mon ventre gonflé est devenu un élément permanent de mon être. Chaque matin trouve sous mes mains cette proéminence étrange qui perd peu à peu de son incongruité pour devenir une part de ce que je suis. Femme enceinte à perpétuité, une condamnation inédite qui me semble néanmoins de plus en plus plausible au fur et à mesure des jours qui passent.

 

21/04/2016

Ce matin, 8h, une petite contraction un peu douloureuse, puis une autre. Un sourire sur mon visage tout de suite, allumé par une lueur d’espoir. Tu aurais dû naître il y a déjà quelques jours et la clinique refuse de nous laisser poursuivre plus longtemps toutes les deux. Si tu ne te montres pas spontanément, ce soir, on déclenchera mon accouchement. Je savoure donc cette douce pression dans le bas du ventre et du dos.

Fabien se réveille. Je lui dis les contractions ressenties. Le sourire sur son visage, tout de suite. La même lueur d’espoir. Nous prions, nous et le reste du monde, depuis trois longs jours pour que des contractions spontanées apparaissent. Nous aimerions tant que ta naissance se passe dans la simplicité et le naturel. Alors là, forcément, deux petites contractions, c’est la meilleure des sensations. Comme une douce promesse que tu viens nous murmurer.

Je me lève et prends un petit déjeuner copieux. Nous continuons à nous préparer pour l’entrée à la maternité ce soir, comme si de rien n’était. Nous nous sommes trop inquiétés ces derniers jours pour nous faire de fausses joies. Mais les préparatifs sont de plus en plus régulièrement interrompus par le besoin de marcher dans l’appartement, d’émettre des sons. L’espoir grandit. Ce soir tu seras avec nous. Je sais que marcher fait progresser le travail nous allons donc nous promener à l’extérieur. Nous sommes jeudi, jour de marché sur la place des Chartreux. Tout me semble très coloré avec des sons un peu étouffés, comme dans un rêve plein de coton. Une dame nous fait signer une pétition liée aux problèmes d’insalubrité des salles de classe marseillaises. Plus que jamais nous pensons à toi, Madie, et nous nous projetons dans ce futur où tu iras à l’école.

Nous marchons encore un peu, moi chantant toujours de longues notes graves pour accompagner mes contractions. Assez vite nous décidons tout de même de rentrer appeler la sage-femme de garde aujourd’hui à la Casa de naissance où tu dois naître. Je l’appelle vers midi. Elle est contente pour moi que le travail ait commencé spontanément. Elle me dit qu’elle peut venir tout de suite à la maison ou terminer ses consultations et venir ensuite, soit dans 2h30 environ. Je me sens bien, mes contractions sont gérables, je peux attendre. Je marche toujours dans l’appartement mais les contractions s’intensifient. Dans ma tête, je me dis qu’il faut gérer, que j’en ai pour longtemps. Nous préparons quelques pâtes, conscients des forces à prendre. Je n’en mange que quelques une mais ça a du mal à passer. Je demande à Fabien de me faire couler un bain. Notre minuscule ballon d’eau chaude se vide évidemment bien vite et il est obligé de rajouter régulièrement de l’eau chaude avec la bouilloire. Je m’immerge dans l’eau chaude mais loin de soulager ou de ralentir le travail, mes contractions deviennent encore plus fortes. Je suis heureuse car je suis maintenant certaine que ce soir tu seras née. Fabien est inquiet, il trouve que le travail s’intensifie vraiment et l’attente de Gwenaëlle, la sage-femme, lui semble longue. Il me demande à plusieurs reprises si je ne veux pas que nous la rappelions pour qu’elle vienne plus tôt. Au bout d’un moment, agacée, je lui dis « Mais appelle si tu es stressé ! » Moi je suis bien et suis toujours persuadée d’avoir tout mon temps même si effectivement, les sensations commencent à être plus fortes. Fabien renvoie un texto à Gwenaëlle qui lui répond qu’elle sera là dans 20 minutes. Pendant ce temps, toujours dans le bain, j’ai besoin qu’il me masse le dos. Je lui dis « Masse, masse, masse !! » sur une contraction puis « Arrête, ne me touche pas !! » à la contraction suivante. Au bout d’un certain temps, une demi-heure peut-être, je demande à sortir du bain. Je sors, j’ai froid.

C’est là que les cris commencent à monter, irrépressibles. Venus du fin fond de mes entrailles, ces cris accompagnent chacune des contractions qui sont maintenant très rapprochées. Gwen n’arrive pas. Fabien s’inquiète. Je me suis installée sur le lit, à quatre pattes, soutenue par une pile de coussins. Je crie toujours et moi aussi j’ai envie qu’elle arrive maintenant. La sonnette retentit bientôt. Fabien va ouvrir tandis qu’un nouveau cri déchire l’appartement et parvient à Gwen dans le hall de l’immeuble. Elle prend tout de suite conscience que le travail est bien avancé. « Ah oui, ça va vite », j’entends. Elle arrive dans la chambre, constate mon grand sourire qui perce malgré l’intensité des sensations. Elle m’examine, je suis dilatée à 4cm mais au vu de l’avancée des choses jusqu’ici, elle dit qu’il faut partir tout de suite pour la maternité. Je la sens pressée. « On a le temps ? On a le temps ? » Elle me rassure mais me presse de m’habiller. Culotte, legging, t-shirt. Dur de s’habiller avec les contractions. Je n’ai rien aux pieds et choppe ma vieille paire d’espadrilles au passage. Le comble du glamour.

Fabien a rapproché la voiture. Gwen me conseille de m’installer à l’arrière et de m’aider des appuie-tête pour gérer les contractions. Nous avons environ 20 minutes de route. Le trajet est assez difficile car je ne peux pas bouger à ma guise mais Fabien me rassure régulièrement sur notre progression. Beaucoup de feux sont au vert sur l’avenue Sakakini. Pour une fois ! Arrivés à la Penne sur Huveaune, juste avant Aubagne où se situe la clinique, je perds les eaux. Tant pis pour les sièges de la voiture… Une quantité impressionnante de liquide se déverse, accompagnée d’un intense sentiment de libération, puis, quasiment tout de suite, d’une envie de pousser. Heureusement, nous arrivons sur le parking de la maternité. Pas de place près de l’entrée, il faut aller loin, Fabien s’agace. Je dois sortir de la voiture et marcher mais nous ne savons pas où aller. La voiture de Gwen suivait la nôtre mais nous a perdus avant d’arriver. Nous sommes seuls sur ce parking. Fabien court chercher de l’aide aux Urgences. Je sens de l’agitation partout autour mais reste accaparée par mes contractions et mon envie de pousser. Une bite en béton sur le parking me permet de m’agripper et de gérer une nouvelle contraction de façon toujours très sonore. J’attire les badauds. J’entends une dame dire, inquiète, « Mais qu’est ce qui lui arrive à cette petite ? » Finalement, l’agitation s’organise : un brancard, des gens qui le poussent en courant dans les couloirs, Gwen et Fabien près de moi. Nous y sommes presque. J’entends des commentaires, j’ai l’impression qu’une dizaine de personnes m’entourent dans l’ascenseur. « C’est une primipare ? » « Oui, ça va très vite » « Mais c’est un premier bébé ?» « Ne vous inquiétez pas Madame, ça ira mieux avec la péridurale »

Cette péridurale dont je n’ai jamais voulu et à laquelle je ne songe même pas au plus fort de la douleur. Nous arrivons enfin au troisième étage, la maternité. La salle d’attente est pleine à craquer et plusieurs enfants accompagnent leurs parents. Un éclair de lucidité me fait prendre conscience de leur présence et je demande aux gens qui poussent le brancard d’accélérer : je ne veux pas avoir à crier devant ces enfants. Les brancardiers courent, je m’autorise à crier puis nous arrivons enfin dans la chambre. Cette chambre où j’étais sensée effectuer tranquillement mon travail dans le confort : un grand lit, une baignoire, de la musique, des lumières tamisées… Là c’est branlebas de combat. Je me suis agenouillée par terre, je ne sais même plus où est Fabien. Est-ce lui qui me masse le dos ?

Deux ou trois personnes installent vite, vite, des draps jetables sur le lit. Mais même dans ce moment là, alors que le monde s’agite, alors que je crie, alors que je pousse déjà, je ne suis toujours pas consciente de ton arrivée imminente. Je suis encore sûre d’en avoir pour un moment. Lorsque les draps sont installés, Gwen me propose de m’agenouiller sur le lit plutôt que par terre. Des coussins soutiennent le haut de mon corps. Le besoin de pousser devient irrépressible. Je pousse fort et Gwen m’encourage. Les sensations sont indescriptibles. D’une force inouïe. Mais je ne parlerais pas de douleur. Je commence à fatiguer dans cet effort intense et n’arrête pas de demander à Gwen si tu seras bientôt là. Elle me répond oui, oui, elle est là. Je ne prends conscience de la réalité de ces mots que quand j’ouvre les yeux et vois ta tête entre mes jambes. On me dit de pousser, pousser encore. Ce sont les épaules. Il faut lutter un peu mais ça passe. Tu es née. Comme ça. C’était tellement simple. Ton papa est face à moi. Tu es là. Nous n’arrêtons pas de répéter ça : « Elle est là, elle est là ». Je trouve ça incroyable d’avoir réussi aussi simplement à mettre au monde ce petit être. Je ne réalise pas du tout.

Quelques contorsions sont nécessaires pour me remettre sur le dos sans m’emmêler les pinceaux avec le cordon. On te pose sur moi. C’est le début de notre vie à trois. Pleures-tu ? C’est le genre de choses importantes dans les films mais anecdotiques dans la réalité. Tu vas bien, c’est sûr. Pas trop le temps d’en profiter. Une jeune maman a besoin de soins et le temps de me faire les quelques points nécessaires, tu fais une petite séance de peau à peau avec ton papa. Pour moi, c’est le moment de la redescente après cet énorme shoot d’hormones qu’est l’accouchement. Je tremble. Je suis à la fois excitée et exténuée. Il faut encore fournir quelques efforts pour expulser le placenta. Il paraît que pendant tout le temps des soins qui m’ont été prodigués, tu as pleuré. Je ne m’en souviens pas. J’ai plutôt le souvenir d’un grand calme. Après un temps assez long, une heure peut-être ? On te repose sur moi pour la tétée d’accueil. T’as-t-on déjà pesée ? T’as-t-on pesée plus tard ? Je ne sais plus mais tes 3kg420 sont posés sur ma poitrine et déjà tu me reconnais, tu me donnes toute ta confiance. Quel poids, quelle mission !

Au bout d’un moment, ton papa sort fumer. Gwen sort téléphoner. Nous sommes seule à seule pour la première fois. Tu tètes parfaitement bien. Tout est calme. Je ne sais pas dire ce que je ressens. Je ressens c’est tout. Je ne parlerais pas de coup de foudre ni de plus-beau-jour-de-ma-vie. Nous sommes dans un de ces rares moments de présence pure, loin du cerveau, loin des pensées. Tu es simplement là, minuscule et toute puissante. Je suis simplement là. Je suis complètement et exclusivement ta mère. Je le suis pour toujours. Aucun mot simple ne saurait décrire l’immense fierté, l’immense joie et l’immense peur que cela représente. Tu es Madie, tu es ma fille. Tu es née.

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