Et le petit deuxième, il est en route ?

Ma fille a bientôt deux ans. Deux ans c’est l’écart d’âge idéal que doit séparer un aîné de son cadet pour nombre de personnes. Les arguments sont variés mais ceux que j’ai le plus entendus sont « Comme ça, ils seront proches quand ils seront grands » – peu d’écart d’âge favorisant les centres d’intérêt communs ; et « Comme ça, c’est fait » – les deux grossesses, les deux périodes plus ou moins longues de nuits sans sommeil, les deux périodes plus ou moins longues de mise entre parenthèses de son emploi du temps d’adulte pour cause de sieste enfantine, comme ça c’est fait, on est débarrassé de sa mission statistique. Le nombre de deux enfants par femme, en France, c’est la moyenne – c’est le « ni trop ni trop peu » qui fait qu’on se sent bien, dans la norme, papa – maman et leur deux enfants. Pour peu que tu ais un garçon et une fille, on t’élève (comme Dadju) au rang de reine (le choix du roi, n’est-ce pas ?) Deux enfants et on ne te pose pas de question. Un seul enfant, tu es une égoïste – pauvre enfant qui se retrouve tout seul, tu es responsable d’une structure familiale qui fabrique de l’individualisme, du caprice et de la solitude venues les saisons ridées. Tu meurs, ta progéniture se retrouve seule pour te pleurer, t’enterrer et vivre ses vieux jours. Un seul enfant que tu condamnes à t’aimer trop et à être trop aimé. Trois enfants et plus, ça y est tu es officiellement une poule pondeuse en quête d’allocations familiales. Du coup, deux c’est bien.

Montre en main, on aura laissé seize mois à mon utérus, mon périnée et surtout à mon cerveau d’assimiler le choc du premier enfant.

Seize mois, dix-sept mois, dix-huit mois, au fur et à mesure que la petite pousse engendrée grandissait, on m’exhortait de plus en plus souvent à mettre en godet la petite graine suivante (24 mars, métaphores printanières). Douleurs ventrales, nausée, fatigue étaient devenus les signes systématiques et évidents d’une seconde grossesse amorcée.

Pour moi la question ne se pose pas – ou plutôt si, elle se pose, mais la réponse n’est pas celle attendue. Pour les autres la question se pose aussi. Elle se pose là, juste là, derrière mes côtes, là où bat mon organe vital. Elle frappe sèchement à la porte d’une pièce close que je n’ai aucune envie d’ouvrir. Et si je ne voulais pas d’autre enfant ?

Et si j’étais de celles qui regrettent le premier – on l’aime mais on regrette la vie d’avant – au point de ne pas vouloir de second ?

Et si j’avais trop peur, et si j’avais trop mal encore, à la simple idée de pleurs incompréhensibles venant déchirer des nuits depuis longtemps redevenues calmes ?

Et si je me souvenais trop, trop souvent, et trop bien, de l’angoisse de ne pas savoir quoi faire, ni de soi ni de son enfant, de se sentir défaillante au point de vouloir partir, fuir, s’ensevelir ?

Et si je ne voulais pas refaire de dépression ?

Et si je ne voulais pas d’autre enfant ?

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