Mash up, Paye (pas) ton gynéco / Les monologues du vagin

Le 27 juin, Nina Faure, réalisatrice de films documentaires mettait en ligne sur YouTube son dernier travail intitulé Paye (pas )ton gynéco. Après plusieurs expériences désagréables lors de visites chez le gynéco, elle eu l’idée de filmer ces consultations en caméra cachée. Preuves à l’appui, elle est partie à la rencontre des représentants de la profession, afin de recueillir leurs réactions. Elle s’est le plus souvent heurtée, de la part des professionnels rencontrés, à une négation de la parole portée, par elle-même, et par un nombre considérable de femmes, au travers, par exemple, du hashtag #payetonuterus sur Twitter. Ce film vise à mettre en évidence les postures corporatistes de celles et ceux qui détiennent les clefs du système face au chœur des femmes en colère.

« Eh ben je vous excite pas des masses, quand même »

Dans une première séquence, Nina Faure se rend chez un gynécologue, pourtant recommandé par le collectif Gyn&co qui travaille à l’élaboration d’un répertoire géolocalisé de gynécologues, sages-femmes et obstétricien.nes féministes. L’examen se déroule en quatrième vitesse, sous une pluie de remarques infantilisantes et déplacées : « Eh ben je vous excite pas des masses, quand même, hein ». 

« Ce n’est pas une pénétration c’est un acte clinique »

Forte de cette vidéo et des centaines de témoignages de femmes qui comme elle ont vécu des expériences allant d’un peu dérangeantes à totalement traumatisantes, Nina Faure se déplace au bureau de Bernard Hédon, représentant des gynécologues. En réponse à la question de la journaliste concernant les touchers vaginaux sur des patientes endormies, le professionnel rétorque : « Ce n’est pas une pénétration c’est un acte clinique. Le terme pénétration me gêne terriblement, c’est comme quand vous faites ouvrir la bouche et que vous mettez un abaisse-langue pour aller voir au fond, vous ne pénétrez pas dans la bouche, vous accédez aux organes qu’il faut traiter […] Il faut expliquer pour à la fois rassurer et souligner le caractère complètement désexualisé des actes du praticien. » Le praticien semble complètement déconnecté de la réalité du ressenti des patientes.

La suite du reportage se déroule au congrès annuel du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), qui donne l’occasion à Nina Faure d’interroger le très médiatique Israël Nisand, président du CNGOF. A propos d’un confrère condamné à un an de prison ferme et dix années d’interdiction d’exercer pour attouchements sexuels sur ses patientes, ce dernier explique : « C’est quand même très très grave comme sanction pour cette faute là. […] Et je pense qu’il n’est coupable de rien, si ce n’est des petites choses sur la plan du comportement. Si on faisait un appel à témoin sur moi, je ne suis pas sûr qu’il n y aurait pas quelques folles pour aller dire n’importe quoi. » Décrédibilisation des victimes et victimisation des coupables, la messe est dite. 

« Mon vagin est en colère »

Tant de mauvaise foi m’a inspiré ce passage des indispensables Monologues du vagin, d’Eve Enssler :

« Mon vagin est en colère. Vraiment. Il en ras le cul. Mon vagin est furieux et il a besoin de parler de toutes ces merdes. Il a besoin de vous parler. C’est vrai quoi, c’est quoi ce truc ? Une armée de gens, là dehors, qui inventent des moyens pour torturer mon pauvre vagin doux et aimant… qui passent leurs journées à concevoir des produits de dingues, à trouver des idées ignobles pour me saper la chatte. Espèce d’enfoirés du vagin. Toutes ces merdes qu’ils essayent en permanence de nous enfourner, ils veulent nous nettoyer là-dedans. Ils ne pourraient pas trouver un moyen de le lubrifier subtilement, leur tampon ? […] Arrêtez de m’enfourner des trucs. Arrêtez de le fourrer, arrêtez de le nettoyer. […] Et puis, il y a tous ces examens. Qui les a inventés ? Il doit y avoir un meilleur moyen de les pratiquer. Pourquoi cette angoissante blouse en papier qui vous tape les tétons, qui crisse et se ratatine quand on s’allonge, si bien qu’on a l’impression d’être un tas de papier froissé qu’on a jeté dans la corbeille ? Pourquoi les gants en caoutchouc ? Pourquoi la torche électrique tout là-haut façon Alice détective en train de lutter contre la gravité, pourquoi les étriers d’acier dignes des nazis, l’horrible bec de canard qu’on vous enfonce sans ménagement ? C’est quoi tout ça ? Mon vagin est en colère à chacune de ces visites. Il est sur la défensive des semaines à l’avance. Il se ferme, refuse de se « relâcher ». Ça vous rend pas dingue, ça ? « Décontractez-vous, relâchez votre vagin. » Pourquoi ? Mon vagin n’est pas idiot. Se relâcher pour qu’on lui plante ce bec de canard glacé dedans ? Non, vraiment pas. »

Parce que notre vagin n’est pas une bouche, n’est pas un simple organe, un simple orifice. Il est le symbole de notre féminité, de notre capacité à enfanter et à jouir, il n’est pas un trou dans lequel on peut s’introduire sans nous demander l’autorisation.

En espérant que la démarche de Nina Faure, le récent rapport du HCE (Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes) sur les Actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical, et les multiples voix qui s’élèvent permettront aux professeurs Nisand, Hédon et consort de faire évoluer leurs pratiques, mais surtout leurs croyances. 

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