Lettre à ma sage-femme

Pour une histoire de mois d’août je suis tombée sur vous. Je pensais à une autre sage-femme, une que j’avais vue à la télé. Elle parlait de naissance respectée. Elle s’appelait Odile Tagawa. Et puis Odile était en vacances, alors c’est vous qui avez reçu les deux jeunes futurs parents que nous étions. Nous sommes tombés sous le charme de vos paroles apaisantes, de votre si grand respect vis-à-vis de moi, de nous, de notre couple, de ce bébé à venir. Un professionnalisme et une humanité rares nous ont convaincus de faire ce chemin avec vous. Je crois qu’avec vous j’aurais pu accoucher au fin fond de la forêt amazonienne sans un soupçon d’inquiétude.

Le jour de la naissance de notre fille vous n’étiez pas là. Mais vous étiez là la veille. La veille, alors que j’avais déjà dépassé mon terme de deux jours et que je pleurais d’angoisse à l’idée de voir mon accouchement déclenché. J’avais tant investi dans ce projet d’accouchement naturel. Je voulais me prouver des choses, prouver des choses à ma mère, à ma sœur, à mes amies. Je voulais en être, de celles qui avaient accouché « pour de vrai ». La veille de mon accouchement donc, vous avez écouté encore, conseillé et rassuré toujours. Vous m’avez permis de relativiser l’éventualité de mon scénario catastrophe. Vous nous avez conseillé un resto, une balade au soleil, pour oublier l’attente et faire de cette dernière journée une belle journée, malgré tout. Et c’est ce que nous avons fait. J’ai mangé une glace délicieuse, nous avons marché sur le port de Cassis. Et le lendemain, j’ai accouché. Quelques heures à peine avant mon déclenchement programmé, les choses se sont activées toutes seules. Je ne peux m’empêcher de me dire que c’est grâce à vous. En partie au moins.

Je pensais m’être préparée. N’avait-on pas fait X séances de préparation à la naissance pendant lesquelles je m’étais montrée particulièrement assidue et intéressée ? J’avais oublié que le but de tout ça, ce n’est pas d’accoucher. La finalité c’est qu’on devient parent. Mère en l’occurrence. Et que rien ne nous prépare à ça.

Je me demande souvent ce qui m’a fait dérailler. L’allaitement ? Le manque de sommeil ? Ce serait simple de se dire que c’est ça. Trop de fatigue, trop de pleurs. Mais ce n’était pas ça. Je crois avoir tout de suite aimé ma fille, je crois avoir tout de suite perçu l’évidence de son être et de notre relation. Ce que je n’ai pas perçu (et que j’ai toujours du mal à percevoir), c’est l’évidence de mon rôle de mère. J’ai toujours l’impression d’usurper quelque chose, de porter un masque qui ne cache que trop mal à quel point le costume est trop grand pour moi.

Lorsque nous sommes rentrés à la maison, j’ai senti l’angoisse monter. Mais je n’ai rien dit. A chaque fois qu’il fallait nourrir ma fille, j’ai senti l’angoisse monter. Quand il fallait l’endormir et à chaque fois qu’elle se réveillait, l’angoisse montait, mais je n’ai rien dit. Jusqu’au soir où après 3 jours sans sommeil tout a volé en éclats. Ma mère était là (hasard ?) et elle a su qu’elle ne suffisait plus. Que F. ne suffisait plus. Et moi je répétais, en boucle « Je veux M. , je veux M. , je veux M. ». Jusque dans le cabinet du médecin qui ne pensait qu’à me séparer de mon homme pour que j’aille passer quelques jours au vert. « Je veux M. ». Durant toute ma grossesse, vous avez été ma principale ressource et je vous faisais une confiance aveugle. Je savais que vous feriez ce qui fallait. Que vous sauriez si c’était grave ou pas. Je ne me suis pas trompée. Ce jour-là, vous m’avez sauvée et ma fille et son père avec moi. Vous avez su être présente à l’instant T puis passer le relais. Jamais vous ne m’avez lâchée. Ce lien est indéfectible. La mémoire est ainsi faite qu’elle permet de se souvenir des belles choses, et des belles gens. Vous en êtes et ma mémoire le sait.

Je me demande souvent ce qui m’a fait dérailler et à ce jour je n’ai pas la réponse. Ce que je sais, c’est que sans vous, sans mes proches, sans les professionnels de l’unité parents-enfant, tout ça aurait pu être dramatique. Ce que je sais c’est que ma vie a été profondément transformée par cette expérience, bien que douloureuse. En tant que personnage incontournable du drame qui s’est joué, vous êtes à tout jamais une des héroïnes de mon existence. Et je pèse mes mots. Vous avez grandement contribué à ce que le dénouement soit heureux, car il l’est.

Mille mercis ne suffiraient pas, alors je vous en envoie autant que vous en voudrez.

Oserai-je dire « Je vous aime » ?

Avec toute mon affection,

F.

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