Un petit coup de main ?

Aujourd’hui un de mes collègues, qui vient d’avoir un bébé, est revenu au travail.

Son fils a une semaine.

Sa femme a donc accouché il y a une semaine.

Lorsque je lui ai demandé si ça allait, si elle avait quelqu’un pour l’aider, il m’a répondu « Elle a ses deux mains, ça devrait suffire. »

Cette femme a 36 ans, elle a déjà une fille de 4 ans, il y a une semaine, après 9 mois de grossesse, soit le plus gros chamboulement hormonal et psychologique qui soit, elle a donné naissance par voie basse à son deuxième enfant. Un bébé de 3kg300 est sorti de son vagin après une lente progression de plusieurs heures rythmées par des contractions douloureuses. Elle a peut-être subi une déchirure ou une épisiotomie. Lorsqu’elle marche, elle ressent la cicatrice, son corps lui semble lourd et vide à la fois. Elle tâte souvent son ventre devenu flasque. Son taux d’hormones a brutalement chuté ce qui a sans doute donné lieu à une grande fatigue. Elle est passé subitement du statut de femme enceinte au statut de mère. Elle était mère d’une fille, elle devient mère d’un garçon. Elle était mère d’un enfant unique, elle doit maintenant gérer une fratrie.

Cette jeune femme, jeune mère, se sent peut-être très isolée. Ce matin, elle pleure peut-être toutes les larmes de son corps face à ce petit être si dépendant, si dévorant. Ce matin elle est seule, son mari est retourné au travail. Il n’a pas jugé utile de prendre son congé de paternité. Il le prendra à Noël, ça lui évitera de poser des congés payés. Que vit elle ? Qui peut se douter des immenses peurs, joies, angoisses, questionnements qui la traversent ? Qui peut imaginer les tensions, tiraillements, douleurs dans ce corps redevenu vierge ?

Cette jeune femme a un mari, deux enfants, et seulement ses deux mains pour porter tout ce poids.

Elle n’appellera personne au secours parce que c’est bon, elle gère, elle a déjà eu un enfant, elle sait faire maintenant.

Elle n’appellera personne parce que cet enfant, elle l’a voulu.

Elle n’appellera personne parce que l’accouchement s’est bien passé et que le bébé va bien. Qu’ils ont de la chance, il dort déjà 5 heures d’affilée la nuit.

Elle n’appellera personne parce qu’elle est forte, parce qu’elle capable, qu’elle peut gérer, qu’elle ne veut pas déranger, qu’elle ne veut pas qu’on la croit faible.

Elle n’appellera personne et ça ira peut-être très bien. Elle sera peut-être capable de tout gérer de ces deux mains de maître qui doivent lui permettre de résister à tout. Elle aura peut-être en elle les ressources, la force, le courage, la détermination. Elle trouvera peut-être l’équilibre sans trop de peine. Elle ne plongera peut-être pas dans le vide.

Peut-être qu’elle saura tout de suite comment communiquer avec ce bébé et qu’un lien se sera noué entre eux très rapidement.

Alors leur vie à 4 s’organisera, elle s’occupera de son nouveau-né et de son aînée, papa rentrera du travail chaque soir et ça ira. Tout ira pour le mieux.

Je leur souhaite de tout cœur.

Car parfois ça ne se passe pas comme ça et deux mains ne suffisent vraiment, vraiment pas.

4 commentaires

  1. Merci de ce message ! Je fais des bébés « intenses » de ceux qui sont perclus de coliques et qu’on ne peut pas poser… la réflexion qui m’a fait plus de mal, celle de mon mari un jour où il rentrait du travail et où je lui disais que je n’en pouvais plus « mais les autres elles y arrivent bien ! »… ce n’est pas un monstre hein, c’est sorti sans réfléchir, il était lui aussi usé par les nuits chaotiques et l’aide qu’il m’apportait en plus de son travail… mais merci de rappeler à tout le monde que parfois, 2 mains ne suffisent pas…

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    • Merci pour ce témoignage. On voit comme les « petites phrases » peuvent faire du mal et résonner même des mois ou des années plus tard.
      Moi c’est une phrase de ma mère, un peu de même ordre. Quand je lui ai dit que ce serait bien qu’elle reste un peu plus qu’une semaine à la naissance de bébé pour m’aider : « Oui, enfin, il faudra bien que tu y arrives à un moment donné ! »

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  2. Aïe j’ai failli pleurer en lisant cela… Peut-être parce que je me suis un peu retrouvée dans les difficultés listées, même si pour ma part j’ai un mari qui a conscience de tout cela, prend son congés paternité et avec qui je parle beaucoup. Mais oui la solitude et le manque de considération des proches et de la société en général pour les jeunes mères me révolte.
    Hier une amie m’écrivait que si les hommes comprenaient réellement ce que c’est une grossesse, un accouchement et la relation mère-nouveau né ils nous vénerreraient 😀

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    • Merci pour ce commentaire. Il est difficile de se représenter l’énormité de la chose, c’est pour ça qu’on préfère souvent se dire que pour les femmes c’est inné tout ça. C’est naturel, c’est simple, ça va de soi. Les hommes nous vénèrent parfois. Ils pensent que nous sommes des déesses qui donnent la vie et leur donnons du même coup l’accès à l’immortalité au travers de cet enfant qui les fera vivre au delà de la mort. La société entière nous porte aux nues pour cela. Combien de fois j’ai entendu, « OK vous n’avez pas l’égalité sur tout, mais vous donnez la vie et c’est la plus belle chose au monde ». Mais ça ne nous donne droit à aucun privilège, en fait. ça nous donne juste un truc de plus à assumer. Moi aussi, ça me révolte.

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